Les outils disponibles pour évaluer le déficit hydrique d’une vigne

Régime hydrique« L’alimentation hydrique est sans aucun doute celui qui influence le plus fortement la qualité de la vendange…Mais il est également l’un des plus délicats à appréhender en termes de mesure, de prévision et de gestion », indiquait l’IFV lors d’un colloque sur le sujet en janvier dernier.

Une bonne connaissance de l’état hydrique de la vigne ouvre en effet des perspectives pour une gestion raisonnée de son alimentation en eau, qui elle-même permettra d’obtenir un juste compromis entre le rendement et le potentiel qualitatif du raisin…Mais quels sont les bons outils de mesure actuellement à disposition du viticulteur ?

« Un outil performant doit fonctionner sur tout type de sol, de climat et de cépage, doit être capable de couvrir toute la gamme de contraintes hydriques rencontrées chez la vigne et doit être facile à mettre en œuvre à un coût raisonnable, indiquait Kees Van Leeuwen, chercheur à Bordeaux sciences agro, lors de ce même colloque. Peu d’outils répondent à l’ensemble de ces critères ».

Les plus pertinents en viticulture restent ceux permettant la mesure d’indicateurs physiologiques : leur principe consiste à enregistrer les modifications d’ordre physiologique sur la vigne, provoquées par un manque d’eau. Selon Kees Van Leeuwen, « Deux fonctionnent particulièrement bien » :

  • Le premier se mesure généralement sur feuille, en cours de saison, et permet de connaître l’état hydrique instantané de la vigne : c’est la mesure du « potentiel tige » ou « potentiel foliaire de base ». Une contrainte hydrique forte se traduira par un potentiel de l’eau dans la vigne négatif. Mais le nombre de points de mesure généralement réalisés – par exemple une fois par semaine – reste insuffisant pour une ptimisation jour après jour de l’état hydrique de la plante. Le déficit hydrique peut en effet devenir très sévère en seulement quelques jours.
  • Il existe également le « poromètre », qui permet de caractériser le degré d’ouverture des stomates, indicateur de la disponibilité en eau pour la plante. Mais là encore, l’échantillonnage est lourd car l’ouverture des stomates présente une forte variabilité d’une feuille à l’autre. I se mesure en fin de saison, sur raisin à maturité – ou quelques semaines avant – par la mesure de l’isotope du carbone 13 des sucres du moût (appelé aussi « 13C »). Sa proportion augmente en effet avec la contrainte hydrique. Cette mesure se fait en laboratoire spécialisé équipé d’un spectromètre de masse isotopique. Mais contrairement aux outils cités précédemment, celui-ci donne une indication de la contrainte hydrique moyenne subie par la vigne au cours de la période de maturation, et non pendant la période de forte croissance végétative. Le pilotage du statut hydrique pendant tout le cycle de production n’est donc pas possible. Cet outil peut par contre « être intéressant dans le cadre d’études de terroir », ou pour avoir une meilleure connaissance de ses parcelles, en permettant par exemple de repérer celles qui subissent régulièrement des contraintes hydriques, ou au contraire, celles qui n’en rencontrent jamais.

Toujours dans cette catégorie d’outils basés sur la mesure de l’état physiologique de la plante, on peut également citer l’un des derniers nés : le « capteur de flux de sève ». Proposé depuis 2009 par une société française installée à Montpellier et en Californie, « Fruition Sciences », son principe repose sur l’installation de capteurs de flux de sève dans la vigne, couplés à un logiciel de traitement de données. Cet OAD permet de suivre le niveau de transpiration de la plante en temps réel, la mesure « la plus pertinente aujourd’hui pour optimiser l’état hydrique », selon ses concepteurs.

Régime hydrique

Photo : Les capteurs sont placés d’avril à novembre sur des souches représentatives du reste de la parcelle. Ils mesurent le débit d’eau parcourant la plante toutes les 15 minutes, permettant de calculer le volume d’eau consommée quotidiennement. L’information est ensuite transmise par réseau sans fil, analysées et présentées en temps réel sur un site internet dédié (CR Fruition sciences.com)

Les autres outils existants s’intéressent sinon à la mesure de la teneur en eau du sol, ou à la modéliser, à partir de l’estimation de la réserve utile et la différence entre les pertes et les gains en eau. Les outils permettant de quantifier l’eau dans les sols, les « humidimètres à neutrons » ou les appareils « TDR », « sont coûteux et difficiles à mettre en œuvre ».

Leur utilisation reste donc confinée au domaine de la recherche. On trouve aussi les tensiomètres, les sondes « watermark », qui servent à mesurer la force avec laquelle l’eau est retenue. Mais ils ne sont d’aucune utilité, car ils ne permettent pas de couvrir l’ensemble de la gamme de contrainte hydrique rencontrée chez la vigne. Quant aux méthodes qui consistent à modéliser la teneur en eau restant dans le sol au cours de la saison, ils sont plus utiles dans les études d’impact (effet du changement climatique, effet d’un changement du système de conduite) mais peu pratiques pour le viticulteur. La réserve utile et les pertes/apports en eau restent en effet très difficiles à estimer.

JC

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