Agriculture de conservation : une approche différente de l’agriculture

20-04-2014

Levée d'une Vigne dans un mulch de céréaleBien qu’existante depuis près d’un siècle, l’ « agriculture de conservation » ne gagne en popularité que depuis un peu plus d’une décennie. C’est en effet depuis que l’organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a donné une définition officielle à cette politique agricole qu’elle se vulgarise, notamment en France. Pour la FAO, cette pratique repose sur trois principes agronomiques simples :

  • La couverture maximale des sols
  • La diminution maximale du labour,
  • La diversification des rotations

Cependant, suivant les régions du monde et les exigences de production, l’importance de chacun des éléments de ce tripode peut varier. Aux Etats-Unis par exemple, la principale motivation reste la protection des sols contre l’érosion éolienne et hydrique. L’agriculture de conservation a été évoquée pour la première fois sur ce continent dans les années 30, lorsque le pays souffrait de graves sécheresses suivies de fortes pluies soumettant les sols aux facteurs érosifs sans qu’ils aient de couverture végétale efficace. Cette même sècheresse a également conduit l’Australie à adopter l’agriculture de conservation. Le Brésil est passé à l’agriculture de conservation pour pallier aux risques d’érosion hydrique.

Même si certaines régions  d’Afrique sont aussi touchées par les sécheresses ou  l’érosion, le point principal de l’agriculture de conservation en Afrique  est la diversification des rotations qui permet de maximiser et de diversifier  les productions sur des surfaces agricoles utiles relativement petites.

L’Europe entre productivité et préservation des sols

En Europe, la logique est assez particulière. Le continent est plutôt dans une logique d’amélioration de la productivité, de gain de temps et d’économie d’énergie. En effet, en ne pratiquant pas de labour, ils peuvent faire des économies sur les frais de carburant et de maintenance du matériel agricole, comme des tracteurs dont vous pouvez retrouver quelques exemples ici : http://www.agriaffaires.com/occasion/1/tracteur-agricole.html.

Le semis direct permet par exemple de réaliser 35 à 60 % d’économie sur les coûts de carburant par rapport au labour. Ce sont près de 1950€ d’économies pour une exploitation de 200 hectares selon la Fédération Européenne de l’Agriculture de Conservation (ECAF).

La lutte contre l’érosion, même si elle est apparemment secondaire dans les motivations reste tout de même un problème sérieux pour le secteur agricole européen. On estime qu’en France, elle concerne 18% du territoire métropolitain (12% des sols européens). 40% du territoire présente une forte sensibilité à l’érosion. On assiste très souvent (notamment sur le territoire breton, mais aussi dans le sud-ouest ou à l’occasion d’orages violents) à des coulées de boues.

Erosion agriculture de conservation

Aléa érosif des sols par petite région agricole, déterminé à l’aide du modèle Mesales, qui combine plusieurs caractéristiques du sol (sensibilité à la battance et à l’érodibilité), du terrain (type d’occupation du sol, pente) et climatiques (intensité et hauteur des précipitations). Source : Gis Sol – Inra – SOeS, 2010

L’agriculture de conservation peut être avantageuse, même si elle ne règle pas forcément tous les problèmes.

Adventices et herbicides contre l’agriculture de conservation

L’un des sujets qui revient le plus souvent est la gestion des adventices. Le fait de ne pas utiliser la charrue favorise la naissance et le développement de plantes dans des endroits où l’on ne voudrait pas forcément les voir (les chiendents par exemple). Même si elles ne sont pas toujours fortement envahissantes, elles peuvent à moyen terme utiliser les ressources destinées aux cultures. L’utilisation des herbicides pourrait être une solution. Toutefois, certaines plantes comme la carotte sauvage ou encore la folle avoine ou le ray grass ont développé de nombreuses résistances aux herbicides.

Faut-il abandonner cette solution pour autant ?

Comme toutes les méthodes, l’agriculture de conservation a ses contraintes mais aussi des points forts :

  • La couverture des sols, en étant maitrisé résout presque totalement le problème des adventices et joue un rôle crucial sur l’érosion. Elle limite également les transferts à l’eau, source de pertes économique et de pollution.
  • Le respect de l’organisation du sol (non labour) permet au biotope de s’équilibrer dans le temps et ainsi d’offrir de vrais « services écologiques». C’est-à-dire des symbiotes pour les plantes, du labour par les vers de terre et un écosystème plus résistant, y compris aux intrus tels que les pathogènes ou les insectes.
  • Les rotations sont cohérentes avec le biotope. Elles ne sont pas seulement diversifiées ou allongées, mais « réfléchies » en fonction du contexte pédo-climatique et des cultures les plus rémunératrices.

Car en plus des économies, il faut des gains économiques.

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