Agroforesterie : améliorer durablement la production des parcelles

02-04-2013

La composante principale du rendement d’une parcelle, n’est ni le sol, ni les intrants que l’on apporte, ni même l’espèce que l’on cultive.

La composante principale du rendement en agriculture, c’est le soleil !

AgroforesterieVisualisons notre parcelle comme un panneau solaire où chaque centimètre carré de feuille est une cellule photosensible. Ici, ce n’est pas de l’électricité que nous produisons mais du carbone. Ce carbone n’est pas produit au sens strict, il est prélevé dans l’atmosphère et converti en matière organique. Sous forme de cellulose, de lignine il servira à enrichir le sol ; sous forme de glucose, d’amidon, d’acides gras il sera exporté pour servir d’aliments. Pour améliorer la production d’un tel panneau, il faut donc augmenter la surface de feuille dans la parcelle !

La densité des cultures est quelque chose de bien étudiée, on peut donc considérer que les valeurs de densité de semis, de plantation sont déjà optimisées. Ce n’est donc pas cette voie qui permettra d’augmenter significativement la production de carbone de la parcelle…

Pour trouver la solution, il faut envisager sa parcelle en 3 dimensions. Pour augmenter la surface foliaire, il faut placer des feuilles en hauteur ! La nature y a pensé avant nous et l’évolution a permis de trouver la solution… L’arbre !

Une parcelle dans laquelle des lignes d’arbres sont plantées en alternance avec les bandes de culture, on appelle ça une parcelle agroforestière. Et depuis quelques années ce système de culture, l’agroforesterie, est étudié avec intérêt. En effet, les résultats des expérimentations indiquent que les parcelles conduites de cette manière ont une production augmentée de 30 à 60% ! Ce qui signifie que cultivés ensembles les arbres et la culture produisent de 1.3, à 1.6 fois plus que si ils étaient cultivés séparément !

L’optimisation de l’utilisation du rayonnement solaire est une composante essentielle des résultats de cette double production, mais c’est loin d’être la seule !

Agroforesterie

Extrait du site de l’Agroforesterie

La culture et l’arbre se rendent mutuellement de nombreux services.

L’arbre créé un microclimat favorable, protège du vent, fournit chaque automne de la matière organique (40% de sa biomasse retourne au sol chaque année), fait remonter l’eau et les éléments nutritifs qu’il va puiser profondément sans concurrencer la culture, améliore le sol avec ses racines puissantes, héberge une grande biodiversité qui saura, le moment venu, venir en aide à la culture en la préservant des ravageurs.

En contre partie, la culture offre de larges ouvertures qui profitent à la croissance de l’arbre, l’azote qu’elle n’a pas absorbé est récupéré par les racines des arbres qui créent un maillage sous la culture. Ainsi un arbre cultivé en agroforesterie pousse plus vite qu’un arbre dans une forêt. En fait, il s’agit bien là d’une synergie !

Cependant, ce système ne s’improvise pas, il faut bien choisir les arbres (bois noble, bois d’œuvre, fruitiers…) ainsi que l’écartement entre chaque arbre et entre chaque ligne d’arbres… Pour plus d’informations, le site de L’AFAF, l’Association Française de l’Agroforesterie est très complet.

En s’inspirant de l’article précédent sur la permaculture on pourrait même envisager un élevage extensif de poules sur les bandes plantées d’arbres ! Un autre moyen d’améliorer la production de la parcelle …

Finalement, cette histoire d’agroforesterie c’est surtout l’occasion de se rendre compte, une fois encore, que plus un système est complexe et diversifié plus il est productif. Microorganismes, cultures associées, agroforesterie… L’Agriculture Nouvelle sera certainement une histoire de synergies, dans leur grande diversité !

Anlek

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11 réflexions au sujet de « Agroforesterie : améliorer durablement la production des parcelles »

  1. je suis Paysan et je viens de planter des asperges entre des rangés de noyers , je suis persuadé depuis longtemps du bien fait des parcelles de ce types .
    Mes arbres sont espacés de 10/10 m et mes asperges 3m entre rang .
    Votre revue est très intéressante pour des paysans comme moi , je suis à la recherche permanente d’idées non pas novatrices …. mais tout simplement naturelles.
    Merci pour la clarté de vos documentaires .
    Bien à vous
    JC BOTTERO

    • Bonjour, je suis également persuadé que des solutions naturelles complémentaires vont naître au fur et à mesure.
      Je possède une petite entreprise et nous fabriquons des « fertilisants biologiques »… La composition? DES DIZAINES ET DIZAINES de plantes! Et, le développement des plantes par les plantes!
      Le concept porte ses fruits et nous travaillons actuellement à diffuser cette information.

  2. Merci Jean-Claude,
    N’hesitez pas à nous parler de votre expérience au fur et à mesure de la pousse !
    A bientôt
    VM

  3. moi ,je constate que sous les arbres ,je n’ai pas de rendement .en plus je déglingue tout mon matos .mauvaise téchnique de ma part ???

  4. Bonjour Thierry. A vrai dire, il s’agit plus de cultiver entre des lignes d’arbres plutôt que directement sous les arbres. Sous les arbres, l’ombre pénalise trop les rendements…
    Les lignes d’arbres sont généralement distantes de 25 à 30 mètres et plantés sur une ligne nord – sud. C’est en général la longueur de la rampe du pulvérisateur qui détermine cette distance, mais pas que… L’ombre portée par les arbres, qui dépend de l’espèce choisie, de sa taille…, doit être prise en compte. Lorsqu’ils sont jeunes, l’ombre des arbres n’est pas pénalisante au contraire ! Plus ils grandissent et plus on approche de la récolte des arbres et plus l’ombre peut devenir pénalisante. En fait le système évolue en permanence. Les nombreux avantages des arbres compensent la baisse de rendement qui se mesure surtout les dernières années avant la récolte des arbres. Il a été calculé que le produit de la vente des arbres compensait largement la baisse de rendement des dernières années. Sans compter que grace aux arbres, les cultures protégées produisent plus et nécessitent moins d’intrants. Quand au travail du sol, il s’effectue a une distance raisonnable ( 1 à 2 mètres) des troncs pour éviter de blesser les arbres et d’abimer les outils. Hormis un passage d’une dent qui est nécessaire une ou deux fois pendant le cycle de l’arbre pour que les racines plongent sous la culture sans la concurrencer, le mieux, sur le reste de la parcelle, c’est de pratiquer le sans labour voir le semis direct !
    Merci de partager vos expériences. Vous pourriez peut être décrire votre système de culture. Cordialement. Anlek.

      • Merci beaucoup Anthony,
        J’ai visité le site de votre entreprise et j’ai trouvé votre concept intéressant. Une approche globale, mêlant micro nutrition et bio stimulation des plantes et des animaux avec la santé des sols, voilà qui ressemble bien à une vision d’agriculture nouvelle qui tire parti des synergies. Je vous souhaite bonne réussite et bonne continuation dans votre activité !

  5. je produit ,blé ,orge,maïs ,colza ,poid et tomates industrie .je vien juste d’acheter un karat lemken 11 dents 3 m .je vais éssayer de semer du maïs en non labour ,et colza ,blé a l’automne .plus les couverts dans l’été .Mon plus gros probleme se situe au niveau du parcellaire .j’éxploite des petites parcelles ,certaine font moin d’un hectare .Aujourdhui c’est :labour et reprise de labour avec combi hersse rotative et semoir méca en 3m pour les cultures d’automne ,et labour ,reprise de labour avec le karat pour le maïs .

  6. En agroforesterie ,le BRF ne serait il pas plus logique ,que la vente du bois tout les dix ou vingt ans ?

  7. Merci Thierry pour ces précisions concernant vos cultures et vos itinéraires. Cependant, c’est plus par rapport à l’implantation de vos arbres sur vos parcelles, ainsi que les espèces d’arbres concernées, qui serait intéressant de connaitre pour expliquer les problèmes de rendements et de casse d’outils que vous évoquez….
    Par exemple le peuplier a un enracinement superficiel qui peut abîmer les outils, le noyer, quand à lui, secrète une substance chimique la juglone (ou juglandine) qui a un effet allélopathique négatif sur un grand nombre d’espèces de plantes… Ces deux espèces sont néanmoins exploitables en agroforesterie, en adaptant les distances de plantation, en pratiquant le cernage des racines, comme évoqué dans le précédent commentaire, à l’aide d’un passage de charrue ou d’une dent assez profonde… Ceci avant que l’arbre ne soit trop vieux et ses racines trop grosses et trop solides.
    Concernant le BRF, Bois Raméal Fragmenté, sa fabrication et son utilisation en agroforesterie ne sont pas incompatibles avec l’exploitation du tronc de l’arbre en bois d’œuvre. Au contraire, ces deux usages sont complémentaires. Le BRF, comme son nom l’indique, ne concerne que les Rameaux, des branches de moins de 3 cm de diamètre portant ou ayant porté des feuilles dans l’année. Il ne s’agit pas de bois dont le rapport C/N, très élevé (entre 200 et 600 !), est mal adapté à l’utilisation comme amendement en agriculture… Le BRF a lui un C/N beaucoup plus équilibré, entre 50 et 150.
    En agroforesterie, le BRF est donc issu des tailles (tailles de formation, taille pour limiter l’ombrage, voire taille d’exploitation en BRF…) ce qui n’empêche pas de valoriser le fût de l’arbre à maturité en bois d’œuvre ou en bois de chauffage.

    Sur des parcelles très petites, l’installation de haies bocagères en périphérie de la parcelle peut être plus pertinente que la plantation de grands arbres à l’intérieur, surtout si l’on vise une production importante et régulière de BRF.