Soutenir l'agroforesterie : panorama des aides et réglementations en France pour une agriculture durable

7 septembre 2025

Agroforesterie : un pilier discret de la transition agricole

L’agroforesterie, cette pratique ancestrale qui associe arbres, cultures et/ou élevages sur une même parcelle, est aujourd’hui l’une des voies privilégiées pour concilier productivité agricole, biodiversité et adaptation climatique. Les arbres jouent un rôle essentiel : ils protègent les sols, stockent du carbone, favorisent la biodiversité et améliorent la résilience des fermes face aux extrêmes climatiques. Pourtant, insérer des arbres dans le paysage agricole pose bien des questions : investissement, perte de surface cultivée à court terme, complexité de la gestion… Heureusement, en France, de nombreux dispositifs d’aides et une législation spécifique sont là pour accompagner et sécuriser les porteurs de projets agroforestiers, du diagnostic à l’entretien, en passant par le financement de plantation.

Des aides financières publiques à plusieurs niveaux

La PAC et l’agroforesterie : des soutiens clés pour la plantation

L’Union européenne reconnaît depuis 2015 l’agroforesterie comme une pratique vertueuse de l’agriculture durable grâce à la PAC (Politique Agricole Commune). Le paiement vert, aujourd’hui appelé « écorégime », encourage les systèmes de cultures associant arbres et productions agricoles.

  • Aide à l’établissement de systèmes agroforestiers : dans le cadre du FEADER (Fonds Européen Agricole pour le Développement Rural), les agriculteurs peuvent bénéficier d’un financement couvrant jusqu’à 80 % des coûts de plantation et de protection des arbres (source : Ministère de l’Agriculture).
  • Eco-régimes : dans la programmation PAC 2023-2027, le maintien de haies, arbres isolés ou d’alignement devient un critère d’accès à ces nouveaux paiements, valorisant les fermes qui intègrent l’agroforesterie à leur fonctionnement (source : FranceAgriMer).
  • Surface admissible : les surfaces agroforestières (avec moins de 100 arbres/ha) sont éligibles au paiement de base, garantissant ainsi la sécurisation économique de l’agriculteur qui insère davantage d’arbres.

En 2021, plus de 100 000 hectares de Surface Agricole Utile (SAU) étaient déjà agroforestiers en France, la PAC en constituant le principal levier financier (Réseau Action Climat).

Des aides régionales, un appui décisif

Au-delà des financements européens, chaque région mobilise des fonds pour soutenir la dynamique agroforestière, notamment via les Programmes de Développement Rural Régionaux (PDRR) et les fonds régionaux pour l’arbre.

  • Exemple en Nouvelle-Aquitaine : le Plan Arbres et Haies Paysagères permet de financer la plantation mais aussi le conseil technique et la formation à l’entretien ; en 2022, plus de 3 000 km de haies et systèmes agroforestiers y ont été soutenus.
  • L’Occitanie : propose un appel à projets spécifique pour l’agroforesterie en grandes cultures (jusqu’à 7 000 € par ha planté, source : Région Occitanie).
  • Grand Est : met l’accent sur le maintien et la régénération des vergers hautes tiges, intégrant ces derniers dans une logique agroforestière multifonctionnelle.

Se rapprocher des Chambres d’agriculture locales ou de la DRAAF permet d’obtenir le listing actualisé des dispositifs disponibles dans chaque territoire.

Des dispositifs complémentaires : agences et fondations

  • L’Agence de l’Eau : dans de nombreux bassins, elle subventionne la plantation de haies ou d’agroforêts en lien avec la protection de la ressource en eau : jusqu’à 70% du coût dans le bassin Loire-Bretagne ou Seine-Normandie (Agence de l’Eau Loire-Bretagne).
  • Fondations privées : Fondation Yves Rocher (« Plantons pour la Planète »), Terre de Liens… apportent un soutien financier aux collectifs paysans souhaitant réaliser des plantations ou sensibiliser au rôle des arbres en milieu agricole.

Un cadre réglementaire en mutation pour accompagner l’agroforesterie

Définition légale et sécurisation du statut agroforestier

Pour éviter les ambiguïtés fiscales ou administratives, le Code rural a intégré en 2010 la définition précise du système agroforestier : « Plantation d’arbres ou d’arbustes hors vergers, sur des terres agricoles, à densité modérée, compatible avec une exploitation agricole principale. » (Art. L311-3 du Code rural).

  • Surface admissible PAC : la densité maximale est fixée à 100 arbres/ha pour que la parcelle reste reconnue comme surface agricole productive.
  • Droit rural et fiscalité : les terres agroforestières gardent leur statut agricole, évitant ainsi toute augmentation de taxe foncière.
  • Gestion durable : pour être éligibles aux aides, les plantations doivent respecter la charte « Plantation et gestion de l’arbre agroforestier », incluant choix d’essences locales, distances minimales, absence d’usage d’herbicide à la base.

Protection et valorisation des haies et arbres champêtres

Le lien entre agroforesterie et maintien des haies a été renforcé avec la Loi d’Orientation Agricole de 2006, remaniée par divers textes récents :

  1. Déclaration PAC & haies : toute destruction de haies doit être déclarée et compensée par une replantation, sous peine de pénalités sur les aides.
  2. Plan de relance France 2030 : objectif de planter 1 milliard d’arbres en France d’ici 2030, en priorité dans les systèmes agricoles.
  3. Agrivoltaïsme : la récente Loi « Accélération des énergies renouvelables » inclut une protection accrue des arbres et haies dans les projets, pour éviter que l’installation de panneaux photovoltaïques ne se fasse au détriment des arbres existants.

D’après l’Observatoire de l’Agroforesterie, 23 000 km de haies ont été arrachés entre 2006 et 2018, mais les nouvelles réglementations et aides commencent à inverser la tendance (source : Afac-Agroforesteries).

Démarches, freins et conseils pour monter un projet agroforestier

Le parcours administratif pas à pas

  • Diagnostic de faisabilité : c’est l’étape clé pour identifier les atouts et contraintes de la parcelle (analyse de sol, exposition, réglementation locale, schéma d’aménagement foncier).
  • Choix technique : le nombre d’arbres, leur espacement, les essences adaptées, la compatibilité avec les activités agricoles.
  • Dépôt des demandes d’aides : un dossier unique auprès de la DDT(Direction Départementale des Territoires), en lien avec la Chambre d’agriculture ou une structure spécialisée (Afac, Arbre et Paysage, etc.).
  • Suivi et engagement : les aides financières imposent souvent un suivi sur 5 à 15 ans pour garantir la survie et la gestion durable des arbres.

Aides complémentaires : crédits carbone et mécénat

Avec le renforcement des politiques climatiques, l’agroforesterie entre désormais dans les schémas de certification « Label Bas-Carbone ». Un agriculteur peut donc bénéficier d’un complément de revenu en revendant ses crédits carbone, issus de la séquestration garantie par les arbres plantés (source : Ministère de la Transition écologique).

Certaines entreprises de l’agroalimentaire investissent aussi, via le mécénat, dans les plantations agroforestières auprès de leurs fournisseurs, dans une logique de filière bas carbone ou RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises).

Les bénéfices multiples reconnus par la recherche

  • Stockage de carbone : une haie mature peut stocker 20 à 40 tonnes de CO par kilomètre (INRAE).
  • Rendement et résilience : sur 15 ans, des parcelles agroforestières affichent un gain de 15 à 25% de productivité totale, du fait du microclimat et de la diversité des revenus (chiffres INRAE/AgroParisTech).
  • Biodiversité : de 200 à 300 espèces végétales, 60 espèces d’oiseaux et de nombreux pollinisateurs trouvent refuge dans une ferme agroforestière (données Parcs naturels régionaux de France).

Agroforesterie en France : une dynamique accélérée et à poursuivre

La France demeure l’un des leaders européens de l’agroforesterie, portée par une mobilisation croissante tant des acteurs publics que privés, et par des réglementations qui cherchent à concilier écologie et viabilité économique. Si les démarches administratives et techniques peuvent sembler complexes, elles sont aujourd’hui mieux balisées, et un support technique de plus en plus professionnalisé accompagne les agriculteurs tout au long du projet.

Au-delà de l’aide financière, l’agroforesterie bénéficie d’une reconnaissance nouvelle : elle symbolise la ferme de demain, à la fois productive, résiliente et actrice du vivant. Alors que les épisodes de sécheresses et d’évènements extrêmes se multiplient, chaque haie, chaque alignement d’arbres planté devient un rempart contre l’érosion, une réserve de biodiversité et un investissement pour la transmission des terres agricoles. Plus que jamais, s’informer sur les aides et la réglementation, c’est se donner les moyens d’agir concrètement pour une agriculture véritablement durable.

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