Désherbage – Les viticulteurs se mettent au vert

25-06-2013
Vigne enherbée

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Les viticulteurs ont changé leur manière de voir. Auparavant, une vigne bien entretenue, jugée «propre » était une vigne sans herbe. Aujourd’hui, de l’herbe dans les vignes, c’est signe d’un travail plus propre… Pas forcément d’un point de vue esthétique, mais environnemental

Ils sont en effet de plus en plus nombreux à avoir recours à l’enherbement de leurs parcelles associé (ou non) au désherbage mécanique, également remis au goût du jour : désormais, 20% des surfaces de nos vignobles* ne reçoivent plus aucun désherbant chimique…. Contre 10% quatre ans plus tôt ! Une part qui a donc fortement progressé en quatre ans (et qui peut encore s’accroître !).

Enherbement inter rangs

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Enherbement en viticulture

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Quand les conditions pédoclimatiques s’y prêtent,

L’enherbement de l’inter-rang, et même désormais, du rang de vigne, présente en effet de multiples avantages pour le viticulteur.

  • Le premier est celui de permettre une meilleure maîtrise de la vigueur des vignes trop « poussantes ». En la diminuant, on baisse leur rendement et on augmente le potentiel qualitatif de la vendange.
  • Parallèlement, l’enherbement a un impact positif sur les maladies fongiques : oïdium, mildiou ou botrytis, en limitant leur développement. Car qui dit moins de végétation, dit prophylaxie, avec moins de champignons, donc de fongicides utilisés. Contre le mildiou, la présence d’herbe implique aussi une augmentation de l’évaporation en zone de mouillères ce qui      a un effet « écran » et évite les contaminations primaires par « splashing ».
  • L’intérêt des bandes enherbées se trouve également dans leur rôle bénéfique sur la structuration du sol. Elles améliorent ses propriétés physiques, grâce à un effet décompactant du tissu racinaire, sa stabilité structurale, grâce à l’apport de matière organique, sa porosité et sa perméabilité. Elles contribuent par ailleurs à lutter contre l’érosion et confèrent une meilleure portance pour le passage des engins après les pluies. Elles favorisent aussi la vie microbienne notamment rhizosphérique. En effet, les végétaux nourrissent les micro-organismes (bactéries rhizosphérique ou mycorhizes) grâce notamment aux exsudats racinaires riches en carbo-hydrates.

Enherbement en viticulture et phytoL’enherbement des vignes a aussi bien sûr un impact positif sur l’environnement.

  • D’abord parce qu’il permet la suppression des désherbants, dans un contexte de baisse drastique du nombre de matières actives autorisées sur le marché.
  • Ensuite, parce que la présence d’herbe permet de capter une partie des produits phytosanitaires tombés au sol, le risque de transfert dans les eaux souterraines ou de surface étant alors amoindri.
  • Enfin, parce qu’il contribue à favoriser la biodiversité, grâce à l’installation et le développement d’auxiliaires des cultures, selon les espèces présentes dans le couvert végétal.
  • L’enherbement temporaire, avec destruction du couvert au printemps pour limiter le risque de concurrence avec la vigne, joue aussi un rôle « d’engrais vert », et présente donc un intérêt vis-à-vis de la fertilisation…. Une technique qui connaît un intérêt grandissant auprès des viticulteurs.

Mais attention : l’implantation de bandes enherbées nécessite une bonne connaissance préalable de ses parcelles, de leur aptitude à être enherbées. Une mise en œuvre progressive permettra de « tester » les retombées sur l’alimentation hydrique et minérale de la vigne, et sur la teneur en azote assimilable des moûts.

Dans les vignobles aux climats chauds et secs, où le risque de concurrence hydrique est élevé, des adaptations techniques restent aussi possibles : par exemple en « jouant » sur le choix de l’espèce à semer, la largeur de bande, en enherbant un rang sur deux, sur trois, de façon temporaire… voire même, si l’on veut aller plus loin, en enherbant le rang et en désherbant mécaniquement l’inter-rang ! Attention enfin aux parcelles en forte pente ou en dévers, avec le risque de perte d’adhérence de certains engins par temps humide, ainsi qu’au risque accru de gel de printemps, en fonction de la hauteur de l’herbe.

*Enquête Agreste primeur – octobre 2012 – Pratiques phytosanitaires dans la viticulture en 2010.

JC

9 thoughts on “Désherbage – Les viticulteurs se mettent au vert

  1. Quelqu’un a-t-il déjà essayé de mettre des oies sur ces bandes en herbées? (pour limiter la croissance de l’herbe et fertiliser) Ca nécessiterait quelques petits aménagements (filets?) mais ce peut-être une bonne association!
    Si d’autres sont intéressés à y réfléchir, je participerais volontiers à la réflexion!

  2. Bonjour Vincent,

    Cette bonne idée d’élever des volailles sur des parcelles de vigne a déjà été testée, mais avec des poules, pas des oies. Ces dernières seraient, je pense, trop susceptibles de brouter les feuilles de vignes à leur portée…
    Les quelques expériences vignes/poules que l’on trouve sur la toile semblent assez concluantes même si elle demandent quelques adaptations (protection contre les renards, abris, abreuvoir…). Cette association est bénéfique pour la vigne (les poules mangent les insectes parasites, désherbent, aèrent le sol et le fument), pour les poules (qui disposent d’un grand parcours ombragé où elles trouvent une grande partie de leur alimentation) et pour l’agriculteur qui, avec moins de travail (désherbage, nourrissage) et moins d’intrants, produit 2 types de productions sur une seule parcelle !
    Ce mode de production correspond à l’éthique de la permaculture (cf. article sur la permaculture) où en cherchant à reproduire le fonctionnement d’un écosystème on bénéficie des synergies entre les différents éléments du système. On pourrait même aller plus loin en concevant ce système dès le départ…
    Par exemple, sii quelques arbres sont plantés dans la parcelle de vigne, ils pourraient servir de perchoir et d’abris pour la nuit. On s’éviterait ainsi la construction d’abris et de perchoir pour les poules avec peut être une protection contre les renards. Il parait également qu’un coq assez costaud, protégeant son cheptel de poulettes, pourrait mettre un renard en fuite… Si ces techniques se démocratisent, elles continueront de s’améliorer !
    N’hésitez pas à partager le fruit de vos essais et de vos réflexions
    En attendant, voici un article qui parlent de ce type d’expérience avec des poules dans les vignes du Sud Ouest.
    http://www.sudouest.fr/2010/07/30/des-poules-dans-les-vignes-150066-3009.php

  3. Bonjour,
    Je compte essayer de mettre des poules dans ma vigne prochainement, mais j’ai encore un doute sur le comment elles supporteront les produits de sulfatages…

  4. Bonjour Philippe,
    Effectivement la question de l’application des produits phytosanitaires, biologiques ou non, peut poser problème lorsque l’on opte pour la présence de volailles dans ses parcelles de vignes, pas uniquement vis à vis des produits mais aussi du risque d’écraser les poules…
    Mais les volailles rentrent généralement le soir dans un poulailler mobile, il est alors possible de traiter la nuit sans toucher les volailles, ou alors de verrouiller le poulailler le soir, après qu’elles soient rentrées, afin de traiter le lendemain. Les poules seront libérées dès que l’éventuel délais de toxicité du produit appliqué soit passé…
    Merci de partager vos expériences. Nous attendons vos commentaires avec impatience.

      • pour l’instant, 3 oies pour environ 6 ares et une trentaine d’arbres (incl. fruitiers et non-fruitiers). Je mettrai davantage d’oies le printemps prochain. Je suis occupé à tailler les arbres non-fruitiers afin d’obtenir davantage de lumière pour les fruitiers (qui sont au milieu).
        Cordialement,

        • Les oies c’est vraiment magique, ça vous tond une pelouse comme un green de golf, ça avance de front ce qui fait que la coupe est homogène et c’est plus efficace qu’un chien de garde pour protéger votre verger contre « les voleurs de pommes » ! Et en plus c’est délicieux à Noël … Si on pas devenu trop copains…
          Allez vous essayer de mettre quelques poules avec les oies. Il me semble que la cohabitation se fait bien… En tout cas leurs actions sont complémentaires puisque les poules grattent le sol et ont un régime plus insectivores. Mais attention, trop de poule, ça n’entretien plus une bande enherbée, ça désherbe !

          • En fait, j’attends que le trèfle que j’ai semé comme couvert s’installe bien avant d’ajouter des oies. En parallèle à l’éclaircie côté sylvo, j’ai semé un mélange prairie (trèfles, ryegrass ~mélange Lemaire-Boucher n°4) pour améliorer le fourrage disponible pour les oies.