Limites maximales de résidus (LMR) 2

09-04-2016

Légumes

De quoi parle-t-on lorsque l’on parle de L.M.R ? Que nous disent ces mots ?

L’expression « limites maximales de résidus » contient trois termes qui juxtaposés posent la question centrale de « quelque chose » à ne pas dépasser sous peine de risque, voire de danger.

Le mot « résidu » qui signifie  reste, déchet, cendre, rebut, évoque ce qui reste malgré tout, et dont on doit se débarrasser. En filigrane, la notion de nocivité.  Parce qu’elle est longue et technique, l’expression a donné naissance à un sigle qui désormais la remplace : « L.M.R. », terme générique surtout connu et compris des spécialistes.

Quelle règlementation en matière de L.M.R. ?

Tous les aliments destinés à la consommation humaine ou animale dans l’Union européenne (UE) sont soumis à une limite maximale de résidus de pesticides (LMR) dans leur composition, de manière à protéger la santé animale et humaine. Un règlement Européen (donc s’imposant en loi dans chaque état membre) rassemblé dans un seul texte  harmonise les limites applicables aux différents produits d’alimentation humaine ou animale, (produits classés en annexes I, II et III). Ce règlement fixe, en outre, une limite maximale applicable par défaut.

Les produits en question ne sont pas soumis aux limites établies lorsqu’ils sont destinés au semis ou à la plantation, à des essais autorisés, à la fabrication de produits autres que des aliments, ou encore lorsqu’ils sont proposés à l’exportation hors de l’Union européenne (UE). Avant ce règlement, existait une règlementation fragmentaire, en effet, chaque pays membre appliquait ses propres limites maximales de teneur en pesticides, qui pouvaient être très variées, par exemple quasi inexistantes ou très sévères pour une seule et même substance !

Les habitudes, l’histoire, la culture de chaque pays guidaient la façon de penser, de légiférer puis au final d’agir sur le terrain en matière de L.M.R.

Mode de calcul :

Il est basé sur les données disponibles, notamment fournies par les fabricants dont 120 substances actives de pesticides réévaluées par l’E.F.S.A entre 2003 et 2008 ainsi que sur une évaluation de l’A.J.M.T(1) : évaluation de l’apport journalier maximum théorique du produit concerné.

On considère que chaque fruit, légume et céréale pour lesquels une autorisation de mise sur le marché du pesticide a été délivrée, contient la teneur maximale autorisée en résidu de pesticide (hypothèse maximaliste).

• On fait la somme de ces résidus potentiels en prenant en compte le régime alimentaire de diverses catégories de populations (en France, bébés de quatre mois et adultes).On compare cette quantité de pesticide ingérée en une journée à la dose journalière admissible : DJA (2). Cette dose a été déterminée à partir de la dose sans effet (ne provoquant pas de maladie), obtenue après des essais sur des animaux (métabolisme, cancérogénèse, mutagénèse…).

• On ajoute des facteurs de sécurité pour tenir compte des variations de comportement possibles entre les hommes et les animaux et entre les divers groupes de population. (ORP : Observatoire des Résidus des Pecticides).

Il faut noter que cette méthode de calcul a été contestée (décembre 2012 : Générations Futures). En mars 2013 elle a appelé  la France à améliorer sa surveillance analytique des pesticides dans les aliments pour une meilleure sécurité alimentaire (en référence avec ce qui est fait en Allemagne).

De quelle manière les contrôles sont-ils effectués ?

Les états membres sont tenus d’effectuer des contrôles officiels sur les résidus de pesticides afin de respecter la règlementation de 2008. Les résultats de ces contrôles doivent être communiqués à la Commission Européenne, aux autres états membres et à l’E.F.S.A (Autorité Européenne de sécurité alimentaire). L’E.F.S.A publie un rapport annuel sur les résidus de pesticides dans l’UE à partir des informations de surveillance communiqués par les 27 états membres et deux pays de l’AELE, l’Islande et la Norvège. Le programme de surveillance des LMR de l’Union Européenne constitue l’une des enquêtes les plus complètes au monde sur l’alimentation. Il couvre en effet plus de 60 000 échantillons alimentaires dans lesquels 800 pesticides différents sont analysés. Les états membres rendent chaque année un rapport concernant plus de 15 millions de déterminations de résidus de pesticides. Ce rapport évalue également l’exposition des consommateurs européens aux résidus de pesticides par le biais de leur régime alimentaire.

Y a-t-il des risques ? Quelles implications sur l’agriculture de demain ?  Ces questions feront l’objet du troisième volet sur les LMR.

                                                                                                                                      NP

(1) AJMT (Apport journalier maximum théorique) : quantité maximum de résidus qu'un individu est susceptible d'ingérer quotidiennement dans son alimentation à partir des teneurs en résidus par culture (en mg/kg) et de la part de la denrée considérée dans la ration alimentaire journalière (en g/jour). Si l'AJMT n'entraîne pas de dépassement de DJA, la teneur proposée est retenue comme LMR.
(2) DJA (dose journalière admissible) d'un produit chimique : estimation de la quantité de substance active présente dans les aliments ou l'eau de boisson qui peut être ingérée tous les jours pendant la vie entièresans risque appréciable pour la santé du consommateur, compte tenu de tous les facteurs connus au moment de l'évaluation. Elle est exprimée en milligrammes de substance chimique par kilogramme de poids corporel (OMS, 1997).

2 thoughts on “Limites maximales de résidus (LMR) 2

  1. Bonjour,
    il me semble abusif d’écrire que les LMR seraient d’abord fixées en fonction de critères toxicologiques.
    Les LMR sont des limites de nature agronomique (témoin des bonnes pratiques agronomiques BPA), plafonnées par les critères toxicologiques.
    Dans la pratique, supposons un traitement selon les BPA (dose, DAR, mode d’application, etc.) avec un produit X qui laisse un résidu inférieur à 0.01 ppm. Alors, même si les critères toxicologiques que vous décrivez correctement permettent un résidu de 1 ppm (voire beaucoup plus), la LMR sera fixée à 0.01 ppm.
    Ceci arrive très souvent, par exemple avec des désherbants, et offre donc de fait une marge de sécurité encore supérieure à celle que vous décrivez.

  2. Merci pour ce commentaire. Si je comprends bien, les LMR sont fixés d’abord par une quantité de résidus présents dans les aliments après application du produit phytopharmaceutique dans un cadre de Bonne Pratiques Agricoles(BPA) ? Mais quelle sont ces bonnes pratiques (un sujet pour un prochain article ? vous seriez partant ??) . Vous parlez de DAR (délain avant récolte), c’est une notion fixée dans l’Autorisation de Mise en Marché. Les DAR sont donc fixés en fonction de quoi ? pas des résidus ?