Matières fertilisantes d’origine organique

09-09-2014

matière organiqueLes difficultés de la bonne utilisation des matières fertilisantes organiques par les agriculteurs

Des millions de tonnes de matières fertilisantes d’origine résiduaire –composts, boues  d’épuration, effluents d’élevage – sont épandues chaque année sur les sols agricoles ou forestiers français. Les pouvoirs publics s’interrogent donc sur les risques éventuels associés à leur usage : outres les bénéfices agronomiques…quelles contaminations potentielles pour l’environnement, l’animal et l’Homme ? Une expertise scientifique collective – Inra, Cnrs et Irstea – sur le sujet a donc été conduite récemment. Dans le compte-rendu de cette expertise, les chercheurs identifient notamment des raisons qui empêchent une bonne utilisation de ces matières fertilisantes, sources de pollutions potentielles importantes : « Les modalités d’apport et les problèmes d’adéquation entre la mise à disposition des éléments fertilisants et la période de prélèvement par les cultures peuvent être à l’origine de pertes d’azote dans l’atmosphère ou les eaux, causant des impacts environnementaux et une diminution de la valeur fertilisante », résument ceux-ci.

La première difficulté rencontrée par les agriculteurs

est qu’ils épandent pour la plupart ce type de matières fertilisantes sans connaissance du ratio N/P/K, indique le compte-rendu. Celui-ci n’est donc pas forcément « optimal ». C’est notamment le cas des épandages sur prairies, pour lesquelles « 60% des surfaces fertilisées avec ce type de matières fertilisantes le sont sans connaissance de leur teneur en azote ». Dans le même ordre d’idée, un autre frein identifié pour une bonne gestion de ce type de fertilisants est la mauvaise connaissance de la disponibilité de l’azote à long terme pour les plantes. Sur ce sujet, ils préconisent des efforts à réaliser au niveau des traitements des matières et de leur connaissance : « les traitements conditionnent fortement les caractéristiques des matières fertilisantes d’origine résiduaire et constituent un levier important pour optimiser leur usage ». Par ailleurs, la mise en place d’une « typologie » des matières fertilisantes et de « modèles » intégrant leur origine (matière primaire et traitement appliqué) pour prédire les effets potentiels sous certaines conditions d’utilisation, « semble indispensable à l’optimisation de leur usage ». Le rapport met également en cause

Les techniques d’épandage des agriculteurs

qui « ne permettent souvent pas de réaliser des épandages précis en termes de quantités apportées ». L’homogénéité de la répartition et la régularité des quantités épandues sont pourtant déterminantes dans la présence éventuelle de dépôts localisés de matières fertilisantes d’origine résiduaire, qui pourraient générer des excès de N ou des concentrations élevées en contaminants…Entraînant un risque de lixiviation des nitrates (NO3-), qui survient lorsque l’azote apporté est présent dans le sol à des moments où les cultures ne l’absorbent pas…et en période drainante. « Plus les matières fertilisantes contiennent d’azote minéral ou facilement minéral, plus les risques sont élevés », font aussi savoir les chercheurs sur ce point précis. Pour y remédier, l’implantation des cultures intermédiaires pièges à nitrates (Cipan) est conseillée. Les scientifiques rappellent par ailleurs le rôle primordial de l’enfouissement des matières, « déterminant pour l’efficacité agronomique et pour diminuer les émissions d’ammoniac », au moment ou juste après l’épandage. Pour éviter la présence d’éventuels pathogènes issus de fumier ou lisier sur les cultures, le rapport préconise aussi le respect de délais avant remise à l’herbe des animaux ou la récolte des cultures : « Un levier d’action important à court terme pour limiter la contamination de la chaîne alimentaire ». Parmi les autres difficultés identifiées, les scientifiques évoquent les nombreux outils d’aide à la décision développés et actuellement proposés afin d’aider les agriculteurs à améliorer cette gestion de la fertilisation azotée…. Mais « leur utilisation réelle par les agriculteurs est faible, attribuée notamment à deux faits » :

  • ils se positionnent généralement à l’échelle de la parcelle alors que les agriculteurs gèrent le plus souvent la fertilisation à une échelle supra-parcellaire ;
  • ils calibrent les dynamiques de minéralisation des matières fertilisantes d’origine résiduaire, préoccupation première des agriculteurs, sur la base de résultats de laboratoire dont la transposition au champ reste à améliorer.

Ce facteur d’incertitude favorise la prise en compte d’une « marge de sécurité » et se traduit dans certaines situations par des excès de fertilisation minérale complémentaire.

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