Méthanisation : une filière aux premiers stades de son développement

17-12-2013
unité de méthanisation

Unité de méthanisation liquide en Ille-e-Vilaine. Source : www.aile.asso.fr

La méthanisation est une réelle opportunité pour l’élevage mais aussi pour les autres filières agricoles françaises.

Elle présente en effet de nombreux atouts ; elle permet tout d’abord une alternative au retraitement compliqué des effluents d’élevage, avec à la clé une diminution :

  • de l’impact sur l’effet de serre des exploitations,
  • des risques de pollution des eaux par les nitrates.

Elle permet ensuite la production d’énergie renouvelable, dans un contexte d’augmentation constante du coût de l’énergie et de l’épuisement des énergies fossiles.

Enfin elle permet de créer une activité complémentaire et des revenus stables pour l’agriculteur, donc un intérêt économique dans la mesure où les effluents sont valorisés sous forme de gaz ou de chaleur…Mais aussi agronomique pour les élevages, grâce à la production de fertilisants.

La filière méthanisation est d’ailleurs en plein renouveau en France depuis quelques années. En 2011, on dénombrait une quarantaine d’installations à la ferme en France. 75% des tonnages traités étant des effluents d’élevage (fumier et lisier), 15% des déchets des industries alimentaires et 10% des cultures intermédiaires ou dédiées. Depuis cette date, on compte environ 70 nouveaux projets d’installations par an.

methanisation puissance electrique

Source : guide pratique Ademe

Pour essayer d’accélérer son développement dans les fermes françaises, le gouvernement vient de lancer un nouveau plan intitulé « Energie méthanisation autonomie azote » (EMAA). Son objectif : atteindre en France d’ici 2020 le seuil des 1.000 méthaniseurs, contre seulement 90 fin 2012…Soit 130 nouveaux projets par an d’ici 2020.

Méthanisation carte de France

La carte de France des unités de méthanisation en France : en vert, celles installées à la ferme (rouge : industrielle, bleu : step, violets : déchets ménagers, jaune : centralisée) – source Sinoe.org

JC

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3 thoughts on “Méthanisation : une filière aux premiers stades de son développement

  1. Existe t il des solutions de methanisation dimensionnée pour un usage familiale?

  2. Bonjour,
    Il n’existe pas à ma connaissance de solution de méthanisation manufacturée à usage domestique. Cependant le web regorge de schémas de fabrication artisanale, de projets menés dans des pays en voie de développement. Le principe général de la méthanisation agricole est très simple puisqu’il s’agit de récupérer les déchets organiques pour les valoriser dans un réacteur étanche où ils seront transformés en biogaz. Il est donc tout à fait possible de concevoir des digesteurs avec peu de moyens, dimensionnés pour un usage familial. Cependant, il faut souligner 3 points :
    – Le risque d’explosion ou de fuite. Le méthane est un gaz inflammable et toxique. Son stockage est particulièrement problématique pour un usage domestique.
    – En France, le particulier n’a pas le droit de produire de l’énergie. Tout producteur d’énergie doit en effet s’acquitter d’une taxe…
    – Un digesteur doit être alimenté en permanence, et il est gourmand ! Selon une source internet, « Pour une famille de 5 personnes, un biodigesteur de 5 m3 suffit à produire le biogaz pour la cuisson du repas. Ce digesteur doit être alimenté tous les jours avec des déchets organiques, comme par exemple deux seaux de lisier de porc. » Et il ne s’agit là que de cuire le repas, pas de chauffage, d’éclairage ou de production d’électricité… Et il faut beaucoup de matière organique à disposition. Cela réserve donc l’utilisation de biodigesteurs, même artisanaux, à des familles disposant d’animaux…
    Lorsque l’on parle de méthanisation, on ne présente souvent que la méthanisation par voie humide qui nécessite de grosses et coûteuses infrastructures. Son principal avantage est de pouvoir traiter les lisiers produits par les élevages intensifs hors sol…La méthanisation par voie sèche est une alternative moins connue mais qui présente de beaux avantages, coût moindre, flexibilité… (cf article précédent « En quoi consiste la méthanisation ? »).
    La méthanisation n’est pas non plus une panacée. Il faudra faire attention à ce que cette méthode, initialement conçue pour traiter des déchets de l’élevage intensif, ne devienne pas, à cause de subventions mal réfléchies, de nouvelles sources de problèmes environnementaux. Ces nouvelles centrales électriques sont maintenant souvent alimentées par des cultures énergétiques (maïs) cultivées en lieu et place de cultures vivrières moins intéressantes économiquement parlant (subventions …) pour l’agriculteur européen. En Allemagne ce problème commence à faire parler de lui, des zones agricoles entières sont maintenant consacrées à la monoculture de maïs destinée à alimenter les (trop ?) nombreuses usines de méthanisation… Avec tous les problèmes que la monoculture engendre sur les sols et la biodiversité…
    Autre paradoxe, disposant maintenant de méthodes « écologiquement acceptables » pour traiter les déchets, la réduction de la production de déchets n’est plus un problème prioritaire… Ainsi, on parle de construire en Bretagne une unité de méthanisation que l’on compte alimenter avec les trop fameuses algues vertes… Et n’oublions pas que le lisier, qui à lui seul justifie l’intérêt pour la méthanisation, est un déchet produit par les élevages intensifs hors sols que beaucoup de consommateurs dénoncent aujourd’hui. Un dernier point, la méthanisation produit surtout… de la chaleur ! Si une partie est valorisée en chauffage du digesteur, le plus souvent, le reste est perdu. Les nouvelles installations doivent donc intégrer la récupération et l’utilisation de chaleur (chauffage collectif, chauffage de serre …) comme composante de l’efficacité énergétique et environnemental de cette méthode.