OGM (3/3)

13-11-2016

OGMA  la fin de notre seconde partie, nous nous interrogions sur le rôle, la place des OGM dans la longue histoire qui unit Homme et Végétaux depuis ce qu’il est convenu d’appeler la « nuit des temps ». Pour mieux comprendre, il convient de connaître le contexte dans lequel sont « nés » les OGM et ce qu’ils représentent. Peut-être saisirons-nous alors pourquoi ils déchaînent tant de passions !

Découverte de l’ADN, quel impact ?

Rappelons-nous combien la génétique issue de la biologie a ouvert un pan de recherche considérable au scientifique du 20ème et 21ème siècle. Avec en point d’orgue la découverte de l’ADN par les physiciens James Watson (né en 1928) et Francis Harry Crampton Crick (1916/2004). Découverte ô combien « fabuleuse » produisant l’effet d’un véritable tremblement de terre. Révolution dans l’univers de la biologie ! Les mécanismes du vivant, la façon dont la vie se transmet allaient-ils  pouvoir être  mis à jour, voire reproduits !?

Au-delà, plus largement, c’est le monde des idées, la façon dont l’Homme se représente le vivant, celle dont il se représente lui même qui en ont été transformés, radicalement. L’ADN « Blue-Print » ou « Maitre Plan » est alors érigé en  grand ordonnateur du vivant. A la clé, la pensée du « tout génétique » selon laquelle le fonctionnement du  vivant s’explique par et à partir des seuls gènes.

Cette explication fascinante dépassera parfois le domaine de la biologie pour s’étendre à la sphère du social. L’idée, par exemple, selon laquelle le « gène » du « meurtrier-né » est repérable trouve ici un nouvel écho (idée déjà mise en avant  à la fin du 19ème siècle par Cesare Lombroso Médecin légaliste Italien 1836/1909). Peu à peu, les scientifiques ont  compris les limites du « tout génétique » avec les dérives qui pouvaient en découler, comme l’eugénisme. Ils ont élargi leur vision. Ils ont considéré que le « vivant » du fait de son infinie complexité (séquençage du génome) devait être regardé dans sa globalité, dans son environnement et à grande échelle. C’est ainsi que de nouvelles « rubriques » de la biologie ont vu le jour comme l’épigénétique actuellement en pleine expansion.

La médecine et l’agriculture sont certainement les deux grands domaines où la découverte de l’ADN et les recherches approfondies qui ont suivi ont eu le plus d’impact. En effet, la façon dont l’homme pense, met en œuvre ce qui a trait au médical et à l’alimentation définissent en partie son rapport au monde et à ses contemporains.

Santé et alimentation : des enjeux vitaux.

La santé et l’alimentation des populations – domaines interdépendants – font l’objet de combats et sont au cœur d’enjeux économiques, politiques et éthiques considérables. Tout comme se soigner, se nourrir est essentiel et vital. La première chose que fait automatiquement un nouveau-né : chercher le sein de sa mère.

Tout ce qui touche à l’alimentation est en lien étroit avec ce premier mouvement humain. Notre rapport aux autres, nos liens d’attachement ultérieurs, notre affectivité se construisent à partir de ces sensations de départ : manque, satiété, déplaisir et plaisir. C’est pour cette raison que ce qui a trait à la nourriture nous renvoie à nos ressentis, à nos peurs les plus archaïques : peur de manquer, de ne pas être aimés. Et par extension : peur d’être mal nourris, de ne pas savoir ce que nous mangeons. L’enjeu est de taille, il confine au « sacré ».  Quelque part, inconsciemment il en va de notre survie en tant qu’individus, en tant qu’espèce.

Quoi de plus naturel dès lors pour l’homme de se réjouir à l’idée de pouvoir  progresser de façon inédite en matière d’agriculture et donc d’alimentation, grâce à la science et aux découvertes qui changent sa vision du monde. Surtout lorsqu’il y a à la clé la perspective de pouvoir nourrir la population terrestre par de seules interventions sur le génome ?

C’est peut-être ainsi que les OGM ont vu le jour. Plein de promesses pour  certains qui croient « dur comme fer » à leur inégalable contribution au progrès ; vecteurs d’incertitudes pour d’autres qui voient en lui une atteinte à l’essentiel : l’essence même de la vie.

Le débat sur les OGM cristallise avec force ces questions de société essentielles, vitales qui fondent notre humanité. Il nous renvoie à notre origine, à nos espoirs et à nos peurs. Il nous montre aussi et surtout à travers les passions qu’il déchaîne combien notre responsabilité et nos engagements sont déterminants en matière de santé et d’agriculture.

NP

5 réflexions au sujet de « OGM (3/3) »

  1. Faut-il avoir peur de la science ?

    Jean-Paul Krivine, rédacteur en chef de Science et pseudo-sciences, a participé à l’émission « Service Public » de France Inter, le vendredi 21 décembre à 10h.

    Autres invités : Jean de Kervasdoué, Hervé Kempf, Jacques Testard.

    « Entre maïs transgénique et accidents nucléaires, les avancées de la science peuvent passer pour des reculs en matière de sécurité des personnes. En cette journée spéciale que France Inter consacre à la peur, nous nous demandons si nous avons raison de trembler face à la peur. »

    http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=527207