Permaculture : explications…

05-03-2013

Paysage nouvelle agriculture : notion de permacultureDéfinition du concept :

La permaculture, telle qu’elle a été définie par Molisson et Holmgren, est « un système énergétique complet, sûr et durable », « une méthode d’agriculture planifiée, dont le choix, la disposition sur le terrain et la conduite des plantes et des animaux constituent la base ». Il s’agit de concevoir méticuleusement des systèmes agricoles productifs en intégrant et en reliant le mieux possibles tous les éléments du système. Ainsi, on favorise les synergies, on optimise les ressources, on réduit au maximum les dépenses énergétiques (travail, transport, transformations)… En bref, concevoir un système productif exploitant au mieux les caractéristiques des écosystèmes naturels que sont la diversité, la stabilité, la résilience, la forte productivité… Ainsi, dans un système permaculturel, chaque élément remplis plusieurs fonctions, il n’y pas de déchets, le sol s’enrichit, les productions sont multiples, le besoin en travail et en énergie diminué.

Un bref historique :

Permaculture, Permanent Agriculture, Agriculture Permanente… Ce terme « Permaculture » a été utilisé pour la première fois par Bill Molisson et David Holmgren, auteurs Australiens des ouvrages Permaculture 1 * et Permaculture 2 **. Les notions d’agriculture permanente avaient naturellement été évoquées avant eux, (les auteurs citent Masanobu Fukuoka et sa philosophie de « l’agriculture sauvage » ou « l’agriculture du non agir » comme source d’inspiration) mais ces deux hommes ont posé les bases d’un concept qui a depuis fait son chemin…

Applications en agriculture :Permaculture agriculture nouvelle

Prenons un exemple :

Si vous élevez des poules sous un couvert d’arbres et d’arbustes choisis (les poules, on l’oublie souvent, sont des oiseaux forestiers). Les arbres fournissent aux poules nourriture, ombrage, abris pour la nuit… En retour les poules aèrent le sol, fertilisent les arbres, les débarrassent de leurs parasites. Ainsi, vous n’avez pas (ou peu) à nourrir les poules, ni à vous occuper des arbres. Et ce système peut fournir œufs, viande, fruits, bois d’œuvre plus efficacement et en nécessitant moins d’intervention que si arbres et poules avaient été élevés séparément…

Comme l’avait si justement observé Darwin dès le XIXème siècle, plus un écosystème est diversifié en nombre d’espèces, plus celui-ci est productif. En fait, le concept de Permaculture n’est pas une invention humaine, c’est la juste compréhension par l’homme que les écosystèmes, fruits de la longue co-évolution des espèces, sont les systèmes les plus aboutis et les plus productifs.

D’ailleurs, les systèmes agricoles traditionnels les plus performants s’inspirent de ces principes, parfois sans même en appréhender les mécanismes… Le système agro-sylvo-pastoral français (synergie des haies, des arbres, des prairies, des animaux et des cultures), le système Dong chinois, association heureuse de la riziculture, de la pisciculture et de l’élevage de canards sont de bons exemples parmi d’autres.

A l’heure où l’on parle de réduire les intrants, de limiter la consommation d’énergie tout en continuant d’améliorer la productivité de nos exploitations, la philosophie de la Permaculture dessine t’elle les contours d’une Nouvelle Agriculture ? …

Anlek

*Permaculture 1 (une agriculture pérenne pour l'autosuffisance et les exploitations de toutes tailles-  1978) Molisson B. & Holmgren D.
** Permaculture 2 : aménagements pratiques à la campagne et à la ville (1979) Molisson B. & Holmgren D.

11 réflexions au sujet de « Permaculture : explications… »

  1. Bonjour Monsieur Anlek,
    Tout d’abord merci pour votre article fort bien écrit et très instructif.
    « plus un écosystème est diversifié en nombre d’espèces, plus celui-ci est productif » dixit Darwin. en valeur absolue c’est certainement vrai mais comment cela peut-il s’appliquer à l’agriculture actuelle? Comment la permaculture démocratisée pourrait subvenir aux besoins alimentaires de tous et surtout répondre aux contraintes d’industrialisations des procédés, de commercialisation, de standardisation et aux attentes du consommateurs? vous citez le système Dong qui me semble un bel exemple mais semble être lié à une agriculture traditionnelle d’un pays en developpement (si si, en developpement). Quand au système agro sylvo pastoral j’aimerai plus d’explication pour mieux comprendre de quoi il s’agit.
    Est ce que la permaculture doit se limiter au developpement d’une agriculture nouvelle dans les pays en developpement ou est ce que vous pensez que l’agriculture française peut réellement et durablement se tourner vers cette agriculture à la fois révolutionnaire et préhistorique?

    • Merci pour votre commentaire et votre intérêt pour cet article.
      Les mots de Darwin s’appliquent à l’agriculture actuelle de plus d’une façon… Le concept de plantes compagnes pour le colza permet de limiter le désherbage et de réduire les apports azotés, la culture de méteil, où céréales et protéagineux se rendent mutuellement service (tuteurage contre azote), l’agroforesterie, le semis sous couverture végétale vivante, l’utilisation de champignons symbiotiques…
      On s’accorde à dire qu’un hectare de mélange céréales et légumineuses, pois et tritical par exemple, produit plus qu’un demi-hectare de pois et qu’un demi-hectare de tritical cultivés séparément. La généralisation de ce type de pratiques ne devrait donc pas poser de problème à la satisfaction des besoins alimentaires si il s’applique ailleurs… Quand à l’industrialisation des procédés, la commercialisation et la standardisation, il n’y a pas, de mon point de vue en tout cas, d’incompatibilités majeures avec l’application de procédés permaculturels. Cela nécessitera des adaptations tout au plus, une grille supplémentaire sur une moissonneuse batteuse pour récolter séparément les grains d’une culture mixte par exemple… Il reste cependant beaucoup de choses à découvrir, de systèmes à tester et à mettre en place. La permaculture est plus un principe, une philosophie, qu’une forme d’agriculture traditionnelle avec des règles strictes. Elle n’invente rien, se contentant de proposer une autre façon de voir les choses…Elle n’a donc rien ni de préhistorique, ni de révolutionnaire !
      Le système Dong qui associe la production de riz, de canards et de poissons est une agriculture traditionnelle, certes, mais qui a été récemment inscrite dans la liste des « Systèmes ingénieux du patrimoine agricole mondial »(SIPAM) de la FAO. Les services que se rendent mutuellement les différents éléments qui constituent ce mini écosystème permettent une réduction sensible des intrants (engrais, herbicides, insecticides), des coûts et du travail nécessaire à la riziculture. La productivité est donc augmentée avec de surcroît, un système moins dépendant en ressources non renouvelables issues de la pétrochimie. De même pour le système agro-sylvo-pastoral. Les haies bocagères apportent ombre, fourrage, barrière, bois de chauffage, fruits, abris pour les auxiliaires, matière organique aux animaux et aux cultures qu’elles entourent qui, en retour, apportent taille et éléments fertilisants… Pour preuve de l’efficacité de ce système, la France a compté, dans les années 70, plus de 1,2 million de km de haies. Si l’industrialisation de l’agriculture les a fait reculer, l’heure est aujourd’hui aux nouvelles plantations !
      Ces systèmes agricoles traditionnels, même ceux de pays en développement, méritent toute notre attention. Car à l’heure où notre agriculture industrielle se doit de prendre le virage de la durabilité et de l’éco-responsabilité, ils sont une source inestimable d’inspiration…
      La permaculture n’est au final qu’une autre façon de voir les choses, et toute chose mérite, à un moment donné, d’être vue sous un nouvel angle.

      • Merci de votre réponse,

        j’apporte une précision puisque « préhistorique et révolutionnaire » a fait réagir.
        préhistorique dans le sens que cela se rapporche des fondamentaux de l’agriculture et révolutionnaire car pour beaucoup c’est réapprendre une façon de travailler et c’est aux antipodes de ce qu’ils font depuis 20 ans.

        l’agriculture actuelle a beaucoup été orienté par les politiques française et européenne, mais aujourd’hui je trouve que les exploitants sont nettement plus à l’écoute de leurs patrimoines et se réaproprient leurs techniques culturales. ainsi on voit réapparaitre les couverts, les haies sont toujours taillés mais moins drastiquement et certains replantent.

  2. La permaculture ne peut tout simplement pas s’appliquer à l’agriculture actuelle car cette dernière n’est pas un modèle durable, même s’il elle peut avec une période de transition réfléchie par le design (coeur de la permaculture, tout comme ses éthiques 😉 ), faire évoluer celle ci vers un système plus juste.
    Je pense que ce qui est préhistorique, c’est de croire que l’on va encore pouvoir encore, à coup de grand renforts énergétiques d’origines fossiles, produire de la nourriture, tout en détruisant les sols et le tissu économique et social de nos campagnes.
    De plus, la diversification des productions est, en effet, une clé, qui peut apporter résilience aux producteurs, on a bien vu, lors de la crise du lait ou de la vache vache folle, que la monoculture, qu’elle soit axée élevage ou céréale, ne nous laisse aucune roue de secours en cas de chute des cours.
    l’industrialisation des procédés, et de la commercialisation, n’est toujours pas compatible avec la permaculture qui prône une décentralisation, des moyens de productions et de distributions, bien plus vertueuses, d’un point de vue non seulement social mais aussi économique, on a tout à y gagner. Merci pour ce post!

    • Merci pour votre commentaire et vos apports dans cette discussion.
      Vous évoquez la notion de design en permaculture. Pour apporter un complément d’explication, le design en permaculture est le nom donné à la méthode de conception des systèmes. Avant d’opter pour une solution et la réalisation d’un projet, le système permaculturel est imaginé dans son ensemble. Les apports et besoins de chaque élément du système sont évalués ainsi que les interactions qui les relient les uns aux autres. Les écosystèmes naturels constituent une source inépuisable d’inspiration.
      Mais le design permet aussi d’améliorer des systèmes existants en ajoutant progressivement de nouveaux éléments, en modifiant régulièrement des pratiques. C’est ce qui me fait dire que les concepts de la permaculture peuvent s’appliquer, lentement mais sûrement, à l’agriculture industrielle intensive. Elle pourra ainsi la faire progresser vers une agriculture plus durable, plus respectueuse de l’environnement, plus consciente des lois fondamentales de l’agronomie et des écosystèmes naturels. Elle sera en même temps plus efficace puisque elle utilisera mieux les synergies écologiques. L’agriculture devient progressivement plus « intelligente », plus « réfléchie ». L’adaptation se fera dans les deux sens, le commerce et la distribution évolueront de concert avec cette agriculture nouvelle. Les optimistes verront que ce mouvement est déjà en marche. Sa lente progression est plutôt bon signe. En effet, une lente évolution, construites sur de bonnes bases, vaut mieux qu’une autre révolution, réalisée à la hâte avec une vision à trop courts termes…

  3. « améliorer la productivité de nos exploitations » Cette phrase me laisse pensif. Effectivement sur une ferme de 30 hectares, en appliquant la permaculture il est possible d’avoir du travail et de faire vivre 10 et peut-être même 20 personnes en nourrissant en circuit court la population environnante et en cultivant des plantes fournissant de l’énergie pour chauffer les bâtiments public de la commune et les maison par un réseau de chaleur. Alors là oui la productivité de la ferme est améliorée.

  4. sans vouloir polémiquer j’aimerai réagir aux commentaires précédents.
    la spécialisation des agriculteurs est un point important dans l’agriculture actuelle, d’une manière générale il est vrai qu’il n’est pas bon de mettre tous les oeufs dans le même panier. Toutefois il faut dire que certaines productions nécessitent des investissements importants ce qui induit une spécialisations necessaire. Il faut aussi ajouter à cela les contraintes européennes de mise aux normes &co qui ont un peu coincé les agriculteurs dans leurs productions. Un agricultueur est un chef d’entreprise qui doit donc gérer toute sa production, de l’appro à la vente, doit gérer son patrimoine et ses finances. On entends partout qu’il faut favoriser le bio et les circuits courts mais en réalité on se rends compte que la consommation de Bio est en stagnation et l’ascencion des circuits courts commencent à ralentir. Ce que je veux dire par là c’est qu’il faut se mettre à la place d’un agriculteur qui n’est pas un bon samaritain qui doit fournir du local, du bio où je ne sais quoi d’autre, mais une personne qui doit faire tourner son entreprise et fournir la nourriture que les consommateurs veulent! Reste la question de qui decide ce que les français mangent…
    Plougonvenin parle de faire vivre 10-20personnes par exploitation. J’avais lu qu’un éleveur fait vivre 12-14 personnes tandis qu’un céréalier fait vivre 4-5personnes (de mémoire) ce qui est plutôt logique. on peut imaginer la vigne-arbo et maraichage comme étant intermédiaire.

    Revenons à la permaculture, il est clair qu’il faut repenser les techniques culturales et s’aider de ce que la nature offre. De toute façon avec la hausse des intrants et des frais de fonctionnement les agriculteurs devront réduire les couts de production. Avant de parler de melanger canards, vaches, tomates et maïs je pense que des pratiques culturales devront s’orienter vers ce qui est dit plus haut : cultures intercalées, semis sous couverts, entretien et maintien des haies…

  5. Merci à tous pour vos commentaires : des débats interessants !

  6. Salut et merci pour l’article

    Je voulais polémiquer sur une phrase de cette article :
    « concevoir un système productif exploitant au mieux les caractéristiques des écosystèmes naturels que sont la diversité, la stabilité, la résilience, la forte productivité »

    L’idée de cette affirmation c’est de rechercher (d’exploiter), la diversité, la stabilité, la résilience et la forte productivité.

    Il y a à mon avis, quelques erreurs de jugement et de considération.

    D’un point de vue écologie et écosystème, la stabilité est une conséquence de l’évolution d’un écosystème vers un stade de maturité (ou climax). Mais je ne vois pas quel intérêt pourrait avoir un agriculteur à rechercher la stabilité dans la conception de son système. La stabilité ne fait pas vivre l’agriculteur, il ne gagnera pas plus d’argent avec la stabilité…
    Et d’ailleurs la stabilité c’est quoi ? qui saurait l’expliquer simplement ? Même dans les manuels d’écologie ce terme est relativement confus tellement il englobe d’idées…
    Ma conclusion sur ce point, c’est que ce n’est pas utile de rechercher la stabilité lors de la conception permaculturelle d’un agrosystème.

    La résilience, je vois pas non plus l’application pratique et contemporaine qu’on peut en faire. C’est quoi la différence entre un agrosystème résilient et un agrosystème pas résilient…
    La résilience d’un agrosystème se joue principalement avec un facteur : l’agriculteur. Si y’a plus d’agriculteur, y’a plus d’agriculture. Et ça marche aussi bien en bio qu’un agriculture chimisée ou subventionnée.
    L’argument que j’entends souvent à l’encontre de l’agriculture chimisée est que si y’a plus de pétrole (ou de subvention), y’aura plus de produit ou d’énergie pour faire durer les systèmes, donc c’est pas résilient… mais qui croient réellement que le pétrole (ou les subventions) peut s’arrêter du jour au lendemain ? C’est de la foutaise ! Ceux qui produisent le pétrole sont aussi ceux qui l’utilisent (dans le sens où les puissances du pétrole influent sur les décisions à l’échelon nationale pour que le pétrole reste dans le système de production et génère de l’argent).
    L’énergie, c’est mon avis, n’est pas un facteur limitant du développement de l’agriculture à l’échelon national. Il peut l’être à un niveau individuel (un agriculteur qui n’a pas d’argent pour aménager son agrosystème par exemple)

    Je continue sur la notion de forte productivité. La permaculture, basée sur les plantes pérennes peut apporter une production importante utilisable par l’homme.
    Là où je veux polémiquer, c’est que généralement, quand un écosystème a acquis des caractéristiques de stabilité, diversité et résilience, sa productivité devient quasiment nulle. Une forêt climax ne produit pas grand chose en terme de biomasse. Par contre, elle recycle superbement bien la matière et génère un maximum de biodiversité. Le stade d’évolution d’un écosystème, dans la succession végétale, où il produit le plus, n’est pas le climax, mais l’étape de friche/fruticées/début de forêt.
    Si la notion de lisière en permaculture est mise en avant, c’est parce que celle-ci comprend généralement une dynamique d’évolution et une productivité accrue.
    Cultiver une lisière est plus productif que de cultiver une forêt. Mais une lisière n’est ni stable, ni résiliente.

    Quant à la diversité, je la vois plutôt comme une cause qui permet d’aller vers les 3 autres caractéristiques : stabilité, résilience, mais surtout forte productivité.

    Pour conclure, si la permaculture et leurs promoteurs veulent accompagner les agriculteurs à arrêter leur pratique destructrice, ils ferraient mieux de parler de la permaculture en terme de :
    – réduction et simplification du travail
    – réduction des charges
    – gain en productivité
    – donc marge accrue
    Ce sera à mon avis plus parlant que de dire :
    – modèle d’écosystème naturel, ou modèle forêt
    – vivre en harmonie avec la nature
    – système stable, résilient, diverisifé
    – ne plus polluer

    a+

    • Merci de votre commentaire étayé !
      Nous apprécions la polémique lorsqu’elle est constructive et saine et expliquée comme la vôtre.
      Au plaisir de vous lire à nouveau sur un autre articel ?

      A trés bientôt

    • Bonjour Moilamain, merci pour votre contribution à cette discussion et bravo pour votre site http://ressources-permaculture.fr (en lien sur votre pseudo). Très belle initiative !
      Pour revenir à votre commentaire concernant la phrase de l’article « concevoir un système productif exploitant au mieux les caractéristiques des écosystèmes naturels que sont la diversité, la stabilité, la résilience, la forte productivité ». Il me semble que vous avez peut être interpréter cette phrase dans un sens différent de celui que je voulais lui donner. Je vous rejoins sur le point qu’il est difficile d’exploiter (au sens strict du terme, tirer profit de…) un système stable, une forêt au stade climax par exemple, puisque le propre d’un système stable c’est de recycler sa production. Si on exploite, il y a moins à recycler, donc le système, en l’absence d’apport extérieur, s’appauvrit. Par contre, je ne partage pas votre avis lorsque vous dites « un écosystème a acquis des caractéristiques de stabilité, diversité et résilience, sa productivité devient quasiment nulle. Une forêt climax ne produit pas grand chose en terme de biomasse ». D’ailleurs, il me semble que vous vous contredisez un peu dans la suite de votre phrase « Par contre, elle recycle superbement bien la matière et génère un maximum de biodiversité ». Si une forêt climax ne produit pas grand-chose, qu’a-t-elle à recycler ? Le fait de générer de la biodiversité ne peut pas être considérer comme une production ? Avec quoi génère-t-elle un maximum de biodiversité si sa productivité est faible ?
      En fait, un écosystème stable est au contraire à l’optimum de sa productivité. Une forêt climax produit une quantité énorme de biomasse (elle fixe énormément de carbone). Mais effectivement l’exploiter, c’est aller à l’encontre de sa stabilité…
      Par contre, chercher à obtenir, en s’inspirant du fonctionnement des écosystèmes, un système le plus stable possible, le plus autonome possible, est une réalité qui a un sens, et qui de mon point de vue est défendue par la notion permaculturelle. Si je prends l’exemple d’une prairie naturelle, sur laquelle pâture à l’année un chargement d’animaux limité et adapté à la surface, alors l’agriculteur peut produire et vendre des animaux (donc exporter une production du système), sans ajouter de nourriture extérieure, avec un minimum d’énergie dépensée et sans pour autant appauvrir la prairie. 99% des constituants d’une plante sont d’origine atmosphérique et l’énergie utilisée est renouvelable (soleil). Le système est stable (ne s’appauvrit pas) et permet une production exportable. C’était le sens de la phrase…
      La résilience, où la capacité à résister aux aléas, est également une capacité de certains écosystèmes, basée sur leur diversité intrinsèque, dont devrait s’inspirer les agrosystèmes. A l’heure où les changements climatiques impactent de plus en plus sensiblement certaines productions agricoles, réinjecter de la diversité dans un agrosystème peut permettre d’augmenter sa résilience et donc sa productivité (et donc le revenu de l’agriculteur). Je prends l’exemple de semer ne serait ce que deux variétés de blé différentes dans une même parcelle. Une des variétés peut être très sensible à la sécheresse, l’autre très sensible aux maladies. Une année sèche le deuxième blé produira plus, une année humide c’est l’autre qui tirera son épingle du jeu… Le système est plus résilient face aux aléas climatiques, sa productivité moyenne est augmentée. Il me semble que c’est là encore une vision défendue par la permaculture.
      Vous parlez d’énergie. Je n’entrerai pas, faute de compétence dans ce domaine, dans les détails géopolitiques de l’approvisionnement en pétrole, de son prix, ni de la date de sa fin. Les seules considérations que je peux avoir sont que le pétrole est par définition une source d’énergie non renouvelable. Si selon vous, l’énergie n’est pas un facteur limitant du développement de l’agriculture, elle se doit néanmoins de rechercher l’utilisation la plus efficiente possible des énergies qu’elle utilise, même si celles-ci sont renouvelables. La résilience d’un agrosystème dépend donc également de sa capacité à utiliser les énergies de la manière la plus efficiente possible.
      Vous évoquez les notions de lisières et de bordures, chères aux permaculteurs, et je vous rejoins sur l’intérêt de ces écosystèmes particuliers. S’ils sont si productifs malgré le fait qu’ils sont instables, c’est grâce à leur diversité, riche de la diversité des deux écosystèmes qui se touchent.
      Il y a donc bien un intérêt pour l’agriculteur à rechercher la diversité, la résilience et la stabilité dans l’objectif d’améliorer sa productivité. Et ce même si ces 3 caractéristiques sont difficiles à conjuguer. Un agrosystème est un écosystème avec un facteur « homme ». L’homme peut donc par ses actions (ou ses non-actions) orienter le fonctionnement du système. L’artificialisation du système a apporté ses avantages pour l’agriculture industrielle (homogénéité, mécanisation, intensification), mais également un certains nombre d’inconvénients (forte dépendance énergétique, faible résilience, pollution). Aujourd’hui, une approche permaculturelle permet d’envisager de laisser le système remplir « naturellement » un certains nombre de services.

      Un dernier mot concernant le vocabulaire qui selon vous devrait être adopté par les promoteurs de la permaculture…
      – réduction et simplification du travail
      – réduction des charges
      – gain en productivité
      – donc marge accrue
      Il me semble que les vendeurs de produits phytosanitaires emploient les mêmes…
      Je pense donc, que même si ce discours à plus d’impact et qu’il est véridique, l’approche permaculturelle implique également et de façon intimement reliée les notions de :
      – modèle d’écosystème naturel, ou modèle forêt
      – vivre en harmonie avec la nature
      – système stable, résilient, diversifié
      – ne plus polluer
      Ces mots correspondent aussi, je pense, à une attente actuelle de la part des agriculteurs. Ceux qui se disent qu’il y a une voie pour une Nouvelle Agriculture.
      Merci encore pour votre contribution à ce débat très intéressant. Au plaisir de vous relire.