Tout comprendre à la coulure et au millerandage

23-09-2013
Vigne avant floraison

Avant floraison, les fleurs sont fermées, avec les boutons floraux visibles : stade des boutons floraux séparés.
CR J Cassagnes

Cette année la récolte nationale en vin devrait encore être basse. Outre la grêle, la coulure et le millerandage, ont en effet fait des siennes. Mais en quoi consistent exactement ces deux phénomènes ? Pour les comprendre, un petit cours d’anatomie s’impose…

Au stade dit de la « floraison » de la vigne, les fleurs situées sur l’inflorescence (la future grappe) s’ouvrent, se développent : les corolles de la fleur, en forme de capuchons, se détachent de leur base et se trouvent repoussés vers le haut par les étamines, arrivés à maturité. Ces « capuchons floraux » tombent alors. L’ovaire au centre (pistil) reste nu, tandis que les organes mâles (étamines) se disposent en rayon autour de lui. Les étamines et le pistil sont alors visibles : c’est la floraison.Floraison de la vigne

Ce stade de la floraison, qui s’étale sur plusieurs jours, a généralement lieu entre fin mai et juin, selon les vignobles. Mais cette année, au moment de ce stade, la météo a été particulièrement mauvaise : froid, vent, pluie. Or dans ces conditions, les fleurs ne parviennent pas à se débarrasser de leur capuchon floral. Non fécondées, elles se dessèchent et tombent, sans donner de graines. Un certain nombre d’ovaires fécondés ou de jeunes baies peuvent également tomber. C’est ce qu’on appelle la « coulure ». Ensuite a lieu la fécondation et l’ovaire commence à grossir, aboutissant à la formation du fruit (nouaison).

Ce phénomène, qui se produit en temps normal de façon « naturelle », de façon plus ou moins importante selon les cépages, a donc été fortement accentué, donnant lieu dans de nombreux vignobles à une coulure importante. In fine, les viticulteurs obtiennent des grappes très clairsemées, où seules quelques baies subsistent, entamant d’une façon considérable leur potentiel de production. La coulure est souvent associée au « millerandage », qui correspond à une fécondation « imparfaite » de la fleur. Le millerandage donne lieu à un sous-développement de certaines baies, qui restent de petites tailles.

vigne millerandage

Le millerandage est facilement reconnaissable par la présence de baies de petite taille et de maturité très hétérogènes sur la grappe.               CR J. Cassagnes

Certains cépages sont plus sensibles que d’autres à la coulure (Grenache, Merlot, petit Verdot, Négrette) : il faut y voir une raison d’ordre physiologique. Un trouble dans la redistribution des sucres a lieu une dizaine de jours après la floraison. Les sucres sont envoyés vers l’appareil végétatif au détriment des grappes et engendrent une concurrence entre les deux. Cela implique qu’un certain nombre de baies ne grossissent plus et tombent.

Pour ces cépages, dits « coulards », il faut donc à tout prix éviter un excès de vigueur, qui favorise ce phénomène. Celui-ci peut être provoqué par :

  • une fumure excessive,
  • un choix de porte-greffe trop vigoureux,
  • des sols trop fertiles.

Proscrire aussi sur ces cépages des tailles trop sévères, qui diminuent la fertilité.

Pour limiter le phénomène, on pourra par ailleurs chercher à diminuer la concurrence entre l’apex en croissance et la nouaison des baies, par rognage en fin de floraison, ou écimage… Mais éviter un rognage trop tardif ou trop précoce, qui gène la redistribution des sucres. Le risque de coulure augmente également avec un mauvais palissage, qui diminue la production photosynthétique.

Enfin, des carences en bore peuvent être à l’origine de la coulure et du millerandage. Cet oligo-élément jouant un rôle dans les phénomènes de fécondation, nouaison et coulure. Certains biostmulants à base d’extrait d’algues et tout dernièrement de fractions de levures auraient une efficacité en homogénéisant les grappes et diminuant les phénomènes coulure.

JC

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